Affichage des articles dont le libellé est Habitat groupé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Habitat groupé. Afficher tous les articles

12 avril 2011

Les Béalières de Meylan, un quartier exemplaire et coproduit avec les habitants il y a ... 27 ans

Bruno Parasote consacre dans son livre (1) sur l’autopromotion un chapitre à ce quartier construit dans les années 80 à Meylan dans la région de Grenoble. La municipalité décide de créer dès le départ un Atelier Public Urbain animé par l’urbaniste Charles Fourrey. Plusieurs groupes de futurs habitants se présentent rapidement. C’était l’époque très active du MHGA, le Mouvement d’Habitat Groupé Autogéré qui faisait le lien entre une centaine de projets dans toute la France. Les bailleurs sociaux, eux aussi on joué le jeu et ont invité les futurs locataires à participer à la conception de leurs logements et du quartier.

Le résultat de ce processus réellement participatif de planification urbaine est un ensemble étonnant de 550 logements dont 38% de logements sociaux où la verdure est partout, des formes architecturales variées et souvent organisées en îlots avec des espaces collectifs autogérés. Et l’implication des habitants dans la gestion de leur cadre de vie perdure jusqu’à aujourd’hui à travers des actions de l’Union des Habitants du Quartier des Béalières, une association très mobilisée pour les questions de leur quartier mais aussi du développement urbain de Meylan en général.

Actuellement les collectivités et les urbanistes s’intéressent à nouveau à la participation des citoyens à l’échelle de la conception d’un quartier et ils s’interrogent sur les méthodes et modèles à mettre en œuvre. Une étude (2) du projet des Béalières rédigée en 1983 par l’Atelier d’architecture A4 fournit une analyse très détaillée des processus. C’est l’une des rares études qui se consacre notamment aux rapports entre habitants impliqués dans la conception des logements et les architectes. « Le technicien ne peut plus se cantonner dans un anonymat de bon aloi, il n’est pas seulement interpellé sur son savoir technique. ». En revanche, dans le cas des logements sociaux les contraintes techniques et budgétaires laissent peu de place à une réelle conception partagée. D’autre part il est difficile pour des foyers des bailleurs de se projeter dans l’avenir. Néanmoins les auteurs constatent que ces travaux ont permis une forte appropriation du futur quartier par les locataires HLM.

Les trois projets en autopromotion se présentent sous un angle complètement différent. Portés par les futurs propriétaires, ils défendent une approche très politique de l’habitat tout en mettant en place une « stratégie individuellement rentable ». Pour le pouvoir « les groupes d’habitat autogéré présentent une image singulièrement proche d’un idéal-type de population qui se gère elle-même… et représente un interlocuteur valorisant ». La Mairie décide donc de leur réserver une place dans ce nouveau quartier.

En revanche, les relations avec les architectes se présentent autrement plus compliquées : « il déborde largement de son cadre professionnel usuel et présente même d’étonnants symptômes de déstabilisation ». D’autre part les auteurs constatent la difficulté à adapter les outils de conception et à maîtriser les articulations du travail avec un maître d’ouvrage collectif. L’un des architectes avoue : « J’ai fait une erreur. Je leur ai dit que je me démerde avec les problèmes techniques. Donnez-moi vos demandes, même si elles sont contradictoires. En fait on sort un projet très très compliqué au niveau des études. Là, il y a eu dérapage. ».

En conclusion, cette étude confirme les avantages politiques et sociaux de la participation mais elle montre aussi les difficultés réelles des professionnels à répondre d’une façon adaptée à ces porteurs de projets. Dans certains pays européens, ces Maîtres d’Ouvrage citoyens se sont multipliés dès la définition d’un métier spécifique de la conduite de projets d’habitat participatif. Ces professionnels opèrent notamment comme facilitateurs entre les différents acteurs et régulent les processus en permanence. Aujourd’hui ces structures émergent en France en même temps que la demande politique et citoyenne s’intensifie.

Stefan Singer

(1) Bruno Parasote : Autopromotion, habitat groupé, écologie et liens sociaux, 2011 Edition Yves Michel

(2) Nous tenons cette étude à votre disposition. N’hésitez pas à prendre contact avec nous.

13 janvier 2011

L’Habitat groupé, une curiosité marginale ou une vraie alternative ?

Depuis un an, les médias ont découvert l’Habitat Groupé. Libération, Le Monde, Télérama, Le Parisien et même TF1 consacrent de l’espace rédactionnel à ce phénomène. Qui sont ces personnes qui se mobilisent pour un habitat plus solidaire et écologique ? Pourquoi le font-ils et comment fonctionnent ces projets ? En effet, dans une société qui satisfait habituellement les besoins des citoyens moyennant services publics ou payants, la volonté de prendre en main directement des opérations aussi complexes que la construction de logement surprend.

Quelle est la réalité exacte de l’Habitat Groupé en France aujourd’hui ? Certes, il y toujours les projets des années 70 et 80 dont certains sont des vraies références en la matière. Mais le bilan reste mitigé en ce qui concerne les réalisations récentes : 5 ou 6 projets achevés ou en cours de construction comme à Strasbourg ou à Saint-Dié-des-Vosges et plusieurs en phase de planification, mais ces initiatives n’ont pas d’impact significatif face aux besoins de logements neufs évalués à 300 000 unités par an.

Pourtant, tous saluent les vertus de l’Habitat Groupé. Plus écologique, solidaire, accessible, multigénérationnelle et mieux adaptée ou adaptable aux besoins, la démarche devrait se développer rapidement face aux enjeux actuels. Quels sont donc les freins qui empêchent la démocratisation de cette solution qui converge avec tous les objectifs du développement urbain durable?

L’avenir de l’Habitat groupé se jouera sur la capacité des tous les acteurs de mettre en place des partenariats intelligents et efficaces. Citoyens, collectivités et professionnels privés ou publics doivent coopérer sur la base d’un objectif partagé : le quartier et la ville réellement durable.

Pour les citoyens, ça passera par une prise de conscience des enjeux et contraintes en tant qu’acteur au lieu de consommateur. Les élus et les collectivités doivent créer l’espace où ces projets peuvent se développer. Enfin, les professionnels face à la présence inhabituelle et déterminante des futurs usagers dans les projets, sont amenés à redéfinir les procédures et à mettre en question certaines pratiques conventionnelles.

Ces efforts de coopération demandés aux protagonistes sont perçus fréquemment comme des contraintes trop dissuasives. Or, il y a là une perspective intéressante pour tous : une nouvelle légitimité pour élus et professionnels, une diminution de la dépendance au système marchand qui ne tient compte que de la rentabilité et non des besoins des usagers, enfin un autre «vivre ensemble» plus responsable, écologique et convivial.

En conclusion, il suffirait de multiplier ces nouveaux partenariats, comme c’est le cas par exemple à Pierrevert (04) où "Toits de choix" intervient dans une étude urbaine participative, afin d’accéder à de nouveaux espaces de liberté (par la diminution des dépendances), de fraternité (solidarité et responsabilité), et d’égalité (accessibilité). Pour ceux qui adhérent à ce raisonnement, et nous les savons nombreux, l’Habitat Groupé sera une vraie alternative.

Stefan Singer, Toits de Choix